12/11/2021

Merci Aristide Bergès, le roi de l’hydro

Rendez-vous compte ! Une goutte d’eau captée au lac du Crozet, dans les Alpes iséroises, démarre sa course à l’électricité à 1 974 mètres d’altitude, pour la finir plus de 1 700 mètres plus bas, à la centrale de La Gorge, en passant par les installations hydroélectriques de Pré du Fourneau et du Boussant. Un aménagement en cascade imaginé dès le XIXe siècle par Aristide Bergès, un industriel local, et mené à terme il y a seulement quelques années par le Groupe Hydrocop, un producteur de la famille Alterna énergie.

Aristide Bergès : le précurseur

Fils d’une famille de papetier, Aristide Bergès décide en 1867 d’implanter une usine de pâte à papier dans le massif alpin de Belledonne, en Isère. Pour réduire en fibres de bois des troncs d’arbre, il mise sur l’énergie du ruisseau de La Combe-de-Lancey. À cette époque, la force motrice de l’eau est déjà connue depuis des milliers d’années. Mais c’est une chose de moudre du grain, une autre de défibrer des troncs d’arbre. Malheureusement pour Bergès, le torrent présente un important déficit hydrique et les débits les plus faibles du secteur.  

L’industriel part alors en quête de hauteur de chute toujours plus importante, seule solution pour accroitre la puissance disponible. Pour comprendre, imaginez-vous sous une cascade de plusieurs dizaines de mètres de haut (aïe). Afin de recréer artificiellement la puissance d’une cascade, il installe donc une « conduite forcée » (un gros tuyau pour transporter l’eau) de 200 mètres de dénivelé, l’une des premières en France. Ce sont les débuts de la centrale de La Gorge.  

Aristide Bergès voit encore plus haut. Il construit deux barrages pour rehausser le Lac naturel du Crozet.  Il n’hésite pas non plus à faire creuser dans la roche, au prix de travaux dantesques, une galerie de 200 mètres de long, pour capter les eaux du lac du Crozet en profondeur.  En amont de ce lac, et afin d’acheminer toujours plus d’eau, il aménage des barrages d’altitude pour y dévoyer une partie des eaux s’écoulant naturellement vers le ruisseau du Doménon. Ce qui lui vaut les foudres d’autres industriels locaux…qui lui intentent un procès. Pas de quoi stopper la détermination du papetier : après appel en justice, il obtient finalement l’autorisation formelle de dériver un tiers des eaux du Doménon.  

Gloire et déboire des papèteries

Progressivement, Aristide Bergès fait d’une simple usine de pâte à papier une véritable papèterie. La force de l’eau, utilisée d’abord comme énergie mécanique, est convertie en énergie électrique pour alimenter l’ensemble des bâtiments. En parallèle, le ruisseau de Vorz est, lui aussi, exploité. Quant au bois, il est acheminé depuis le plateau du Vercors le long de la route des Grands Goulets… construite pour l’occasion.  

La révolution industrielle bat son plein et contribue à façonner la commune et ses alentours. Au début du XXe siècle, les papèteries de Lancey emploient 1 800 salariés. Pour satisfaire des besoins grandissants en électricité, la centrale de Pré du Fourneau est mise en service en 1955. Sur un plus large périmètre, un réseau de micro-centrales est par ailleurs exploité ; l’énergie est acheminée de toutes parts via des kilomètres de lignes électriques aériennes.  

Hydrocop à la rescousse

À compter de la fin du XXe siècle, l’activité décline. Si bien qu’en 1997, on ne compte plus que 300 salariés. Au XXIe siècle, il ne reste plus que des hectares de friches. C’est en 2007 que le Groupe Hydrocop acquière 5 des 7 centrales appartenant encore aux papèteries de Lancey, dont celles de La Gorge et de Pré du Fourneau. Sur tout son parc d’aménagement, le groupe lance un vaste et systématique programme de rénovation des installations historiques…et de construction, qui s’étale de 2017 à 2019.

Fait majeur, après huit années de procédures administratives, la Centrale du Boussant est construite en 2017-2018, à 819 mètres d’altitude, entre ses homologues de Pré du Fourneau et de La Gorge. L’année suivante, la centrale de Pré du fourneau aussi, a droit à sa cure de jouvence. Quant à la centrale de La Gorge, vétuste et enclavée, c’est le seul bâtiment encore en exploitation sur la friche industrielle des anciennes papèteries de Lancey. Le Groupe Hydrocop, en concertation avec la commune de Villard-Bonnot, décide alors de… le déplacer, en 2019. Les conduites forcées sont prolongées, un nouvel édifice voit le jour en 2019.  

L’énergie produite par les trois centrales est injectée dans le réseau local. En parallèle, les barrages hydroélectriques du lac du Crozet, vieillissants, se refont une beauté. Et quel chantier ! Compte tenu de l’altitude, tous les matériaux et outils sont approvisionnés par hélicoptère.  

Avec le Groupe Hydrocop, le vieux rêve d’Aristide Bergès est devenu réalité : exploiter la force de l’eau du lac du Crozet à la centrale de La Gorge, sans discontinuer. Dans leur état actuel après rénovation, les installations hydroélectriques des torrents de La Combe et Vorz produisent aujourd’hui en électricité, l’équivalent de la consommation d’environ 35 000 personnes, soit environ 17 000 tonnes de rejet de CO2 par an évité.

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