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CEE : ce que change vraiment la 6ᵉ période (2026-2030)

CEE : ce que change vraiment la 6ᵉ période (2026-2030)

Le 4 novembre 2025, après plusieurs reports et dans un contexte politique  mouvementé, le décret définissant la sixième période du dispositif des certificats  d’économies d’énergie (CEE) a enfin été publié au Journal officiel. Cette nouvelle  « P6 », qui couvrira les années 2026 à 2030, était très attendue : pour toute la filière, elle marque le retour d’une forme de stabilité pour un mécanisme devenu  central dans la politique énergétique française.  En vingt ans, les CEE sont passés d’un simple outil incitatif à un véritable levier  stratégique, finançant chaque année plus d’un million d’opérations dans la  rénovation énergétique, le bâtiment, l’industrie, les transports ou encore  l’agriculture. Avec plus de 6 milliards d’euros mobilisés chaque année, ils  occupent une place essentielle dans la trajectoire nationale de réduction de la  consommation d’énergie.

Pour revoir les bases du dispositif, comprendre son fonctionnement et les  enjeux qui l’entourent, nous avons publié un article dédié il y a quelques mois :  “Certificats d'économie d'énergie pour les entreprises : un dispositif clé en  pleine mutation”. Dans ce contexte, la P6 ne pouvait être une simple continuité. Elle marque une  ambition rehaussée, un encadrement plus strict et une refonte méthodologique  destinée à renforcer la crédibilité et l’efficacité du dispositif.  

Alterna énergie vous en présente les principaux changements.

CEE : ce que change vraiment la 6ᵉ période (2026-2030)

Une ambition rehaussée : des obligations annuelles augmentées de 35 %

La première rupture est quantitative. La période 2026-2030 repose sur un objectif annuel fixé à 1 050 TWh cumac, contre 775 TWh cumac (soit une évolution de  +35% par rapport à la période 2022-2025). Sur cinq ans, ce sont donc 5 250 TWh cumac que les obligés devront générer.  

Ce choix traduit une volonté politique forte : accélérer la baisse de la consommation d’énergie finale, alors que le pays vise –30 % d’ici 2030. Or, selon le  SDES, le service statistique ministériel en charge des données énergie-climat du ministère de la Transition écologique, la baisse depuis 2012 n’est que d’environ 0,7  % par an en moyenne, un rythme très insuffisant pour atteindre l’objectif.  

Il s’agit aussi de préserver un outil capable d’agir sur plusieurs secteurs à la fois, sans recourir directement au budget de l’État dans un contexte financier contraint.  

Le gouvernement conserve par ailleurs une priorité affirmée depuis la P5 :  l’accompagnement des ménages les plus vulnérables. 280 TWh cumac par an  seront dédiés à la précarité énergétique, soit près d’un quart de l’obligation totale.

“CUMAC”, quésaco ?

Le terme « CUMAC » est central dans le dispositif CEE, mais reste souvent opaque.  Il désigne l’unité utilisée pour comptabiliser les économies d’énergie.  CUMAC = CUMulé + ACtualisé  Un CEE représente ainsi des kilowattheures économisés sur toute la durée de vie  d’un équipement ou d’un geste d’efficacité énergétique, puis actualisés pour  refléter l’évolution technologique et la baisse progressive de performance.  

Concrètement :  

  • un geste à longue durée de vie génère plus de CUMAC qu’une opération  ponctuelle ;
  • plus un équipement permet d’économiser d’énergie chaque année, plus  son volume de CUMAC est élevé ;  
  • plus il est durable, plus la courbe d’actualisation lui donne du poids.  

Cette unité permet d’uniformiser les économies issues de gestes très différents :  isolation, changement d’équipement, optimisation de process, récupération de  chaleur, etc.  

Une architecture méthodologique consolidée

Au-delà des volumes, la P6 revoit en profondeur la manière dont les obligations sont calculées. Les coefficients d’obligation par type d’énergie ont été actualisés  à partir des données 2021-2023 et ajustés aux trajectoires de la Programmation  pluriannuelle de l’énergie (PPE3), dont on attend toujours la publication. Cette révision permet de mieux refléter les consommations réelles et de répartir plus  équitablement l’effort entre les différentes filières.  

Ces coefficients qui constituent la nouvelle base de calcul pour 2026-2030, sont les suivants :

  • Fioul domestique : 11 078 kWh cumac par m³  
  • Carburants (hors GPL) : 8 718 kWh cumac par m³
  • GPL carburant : 10 088 kWh cumac par tonne  
  • Chaleur et froid : 0,358 kWh cumac par kWh final  
  • Électricité : 0,731 kWh cumac par kWh final  
  • GPL hors carburant : 0,904 kWh cumac par kWh PCS final  
  • Gaz naturel : 0,827 kWh cumac par kWh PCS final

Le décret introduit également une doctrine de création et de révision des fiches  d’opérations standardisées, qui définissent, pour chaque type de travaux ou  d’équipement, les conditions techniques à respecter et le volume de CEE attribué.  Elles servent donc de référence à l’ensemble des acteurs pour déterminer  l’éligibilité d’une opération et le montant de certificats associés.  

Elle impose désormais :

  • une prise en compte systématique du temps de retour sur investissement  ;  
  • le respect d’un reste à charge minimal pour éviter les opérations  sur-subventionnées ;  
  • une analyse renforcée lors de la création ou de la révision des fiches ;  
  • la possibilité d’appliquer des coefficients de bonification inférieurs à 1 lorsque la performance réelle le justifie.

L’objectif est clair : orienter les financements CEE vers les opérations réellement  performantes et réduire les effets d’aubaine.  

Concrètement, si une opération présente déjà un temps de retour sur  investissement très court — comme c’est parfois le cas pour certaines pompes à  chaleur ou travaux d’isolation — la bonification pourra être réduite pour éviter une  subvention disproportionnée. À l’inverse, une opération plus coûteuse mais dont  l’impact énergétique est avéré pourra conserver une bonification élevée afin de  rester attractive.

Programmes CEE : une montée en puissance encadrée

Le plafond global des programmes CEE augmente significativement, passant de 357 TWh cumac en P5 à 500 TWh cumac en P6, soit une hausse d’environ 40%.  

Contrairement aux travaux de rénovation énergétique, les programmes CEE  financent des actions qui n’entraînent pas de gain énergétique direct, mais qui contribuent à structurer les filières et à préparer les économies de demain. Ils  regroupent notamment :

  • les programmes de bonification au bénéfice des ménages en situation de  précarité énergétique ;  
  • les actions d’information, de formation ou d’innovation liées à la maîtrise  de l’énergie et à la mobilité moins carbonée ;  
  • les fonds de garantie pour la rénovation énergétique prévus par le code  de la construction et de l’habitation ;  
  • les programmes d’optimisation logistique dans le transport de  marchandises (mutualisation, fret ferroviaire et fluvial, transport combiné) ;  
  • les opérations de rénovation des bâtiments des collectivités territoriales ;  
  • ainsi que les missions d’accompagnement des consommateurs prévues  par le code de l’énergie.

Cette montée en puissance permettra de financer davantage d’actions  structurantes tout en exigeant une contribution plus directement corrélée aux  économies d’énergie attendues.  L’ambition est double : renforcer l’utilité réelle de ces programmes et éviter les  dérives observées lors de la période précédente, certaines initiatives ayant  mobilisé des volumes importants pour une efficacité limitée.

Un virage net sur le contrôle et la gouvernance

Le resserrement des règles de contrôle est l’un des autres marqueurs forts de ce décret. Le dispositif CEE a souffert de fraudes et d’irrégularités qui ont fragilisé la  confiance des professionnels. La P6 opère ici un tournant majeur.  

Ces dérives ont touché en particulier la rénovation énergétique, avec des travaux  fictifs ou non conformes, des attestations falsifiées et des chaînes de  sous-traitance difficiles à contrôler, parfois marquées par des conflits d’intérêts.  

Pour y mettre un terme, la P6 impose désormais une indépendance capitalistique totale entre les différents acteurs : les liens, même minoritaires, entre installateurs, mandataires et organismes d’inspection ne sont plus  autorisés. L’objectif est d’éviter les montages dans lesquels un même groupe  pouvait, directement ou indirectement, financer, réaliser et contrôler une  opération.  

Enfin, les CEE délivrés à partir du 1ᵉʳ janvier 2026 auront désormais une durée de  vie limitée à douze ans, au terme de laquelle ils seront automatiquement annulés. Cette mesure vise à assainir le marché secondaire et à encourager une valorisation plus rapide des certificats.

Un rééquilibrage sectoriel assumé

Historiquement très orienté vers la rénovation résidentielle, le dispositif CEE  s’ouvre davantage à de nouveaux secteurs. La P6 encourage explicitement les  économies d’énergie dans :

  • l’industrie, via la récupération de chaleur fatale (produite en surplus lors  de divers processus industriels, et rejetée sans être utilisée), le stockage  thermique ou l’optimisation des process ;  
  • les transports, avec le développement des véhicules utilitaires électriques,  des bus et cars électriques, ainsi que des opérations liées au fret ferroviaire  et fluvial ;  
  • les réseaux de chaleur et de froid, qui disposent de gisements encore  largement sous-exploités.  

Ce rééquilibrage répond à un constat largement partagé : la France devra aller chercher une part importante de ses économies d’énergie dans les secteurs les plus énergivores, comme l’industrie ou les transports.  

Un dispositif plus exigeant mais aussi plus lisible

Dans son ensemble, le décret P6 dessine un dispositif plus robuste, mieux piloté  et plus cohérent. Les cinq années qui s’ouvrent devront démontrer si ces ajustements – parfois lourds – permettent effectivement d’améliorer la performance réelle des opérations financées.  

Pour les obligés comme pour les professionnels, la P6 sera exigeante ; pour les  entreprises et les collectivités, elle ouvre un cadre plus lisible pour structurer leurs  investissements énergétiques.

Et pour les entreprises : que faut-il retenir dès aujourd’hui ?

Même si le décret P6 est avant tout un texte d’architecture, plusieurs tendances  se dessinent déjà pour les PME. Les primes devraient se concentrer davantage  sur les opérations les plus performantes : rénovations globales, remplacement des équipements fossiles, amélioration des systèmes de pilotage ou optimisation  des process industriels.  Les exigences documentaires seront renforcées et les contrôles plus fréquents, ce qui nécessitera une préparation plus rigoureuse des dossiers.

Pour aller plus loin, Alterna énergie publiera en janvier un Avis d’expert dédié aux  conséquences pratiques de la P6 pour les entreprises : bonnes pratiques,  stratégies d’investissement, choix des partenaires et nouvelles opportunités sectorielles.  

Contactez-nous pour nous faire part de votre projet :  transition-energetique@alterna-energie.fr

FAQ

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