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Le 1er janvier 2027, les contrats long terme portant sur le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) russe cesseront de produire leurs effets : avant-dernière étape visible d'un calendrier européen déjà largement engagé, les achats au comptant étant interdits depuis avril. L'échéance tombe alors que l'Europe aborde l'hiver avec des stockages en retard, remplis à environ 70 % à fin septembre contre 82 % un an plus tôt à la même date , et des situations nationales très contrastées. Faut-il pour autant s'attendre à une flambée des prix ?

Vu de loin, l'échéance de janvier peut apparaître comme un couperet. En réalité, elle marque surtout l'aboutissement d'un processus engagé depuis quatre ans. États membres et Parlement européen en avaient fixé le calendrier dès décembre 2025, traduit depuis dans le règlement (UE) 2026/261 du 26 janvier 2026 : non pas une interdiction brutale, mais une sortie progressive du gaz russe, par étapes et selon la nature des contrats.
Une grande partie du dispositif est donc déjà entrée en vigueur. Les achats au comptant, les plus sensibles aux tensions du marché, sont interdits depuis le printemps. Pour les derniers volumes acheminés par gazoduc, le règlement ménage une soupape : un État membre dont la Commission estime qu'il risque de ne pas atteindre son objectif de remplissage pour 2027 peut bénéficier d'un report au 1er novembre 2027. Une précaution destinée à éviter qu'un calendrier trop rigide ne fragilise l'approvisionnement européen.
Le chemin parcouru depuis 2022 reste spectaculaire. La Russie représentait 45 % des approvisionnements en gaz de l'Union européenne en 2021, dont 40 % acheminés par gazoduc. En 2025, sa part n'est plus que de 12 %. Le GNL russe conserve toutefois un poids non négligeable, autour de 6 % des importations européennes.
Cette baisse repose sur trois évolutions majeures : la montée en puissance du GNL américain, devenu de loin le premier fournisseur de GNL du continent, le renforcement des flux norvégiens, acheminés pour l'essentiel par gazoducs, et une diminution durable de la consommation européenne de gaz.
Mais en 2026, le mouvement s'est en partie inversé. Au premier semestre, les importations européennes de GNL russe ont progressé de 16 % par rapport à 2025, selon Les Échos. La raison est moins politique que conjoncturelle : les perturbations persistantes du trafic maritime au Moyen-Orient, liées à la guerre dans la région et aux difficultés de passage dans le détroit d'Ormuz, ont réduit le nombre de cargaisons disponibles. Face à cette tension, les acheteurs européens se sont reportés sur les volumes encore accessibles.
La Belgique en offre une illustration frappante. Cinquième importateur européen de GNL, elle a vu ses flux chuter de plus de 40 % en juillet avant de se tourner vers l'une des rares sources restées disponibles : le GNL russe.
Cette situation a ravivé un débat désormais public : si les perturbations se prolongent, le calendrier d'interdiction pourra-t-il être tenu ? Une tentative de report a été portée en Espagne. Bruxelles a jusqu'ici maintenu sa position : le calendrier reste inchangé. L'Union européenne a néanmoins accepté en juillet, à la demande de la Grèce, une dérogation qui permet aux armateurs européens de continuer à transporter du GNL russe vers des clients situés hors de l'UE, pour les contrats signés avant l'invasion de l'Ukraine. Ce gaz ne sera pas consommé en Europe.
Une interdiction commune ne produit pas partout les mêmes effets. Sur le gaz, les écarts entre États membres restent particulièrement marqués.
L'Allemagne concentre une grande partie de l'attention. Longtemps dépendante du gaz acheminé par gazoduc, elle a dû reconfigurer son approvisionnement en quelques mois, alors même qu'elle ne disposait initialement d'aucun terminal méthanier, indispensable pour s’approvisionner en GNL. Elle concentre aussi plus de 20 % des capacités de stockage européennes : son niveau de remplissage est donc un enjeu pour l'ensemble du continent, bien au-delà de ses seules frontières.
À l'autre extrémité, la Hongrie et la Slovaquie restent beaucoup plus contraintes. Privées d'accès maritime, elles disposent de moins d'options pour diversifier rapidement leurs approvisionnements et demeurent, de ce fait, les États membres les plus exposés à la sortie du gaz russe.
De prime abord, la France aborde l'échéance dans une position plus favorable. Elle importe environ 95 % du gaz qu'elle consomme, rappelle la Commission de régulation de l'énergie, mais elle s'appuie sur des sources diversifiées : Norvège, Algérie et, surtout, un réseau important de terminaux méthaniers capable d'accueillir des cargaisons venues de nombreux marchés.
Cette flexibilité a toutefois son revers. Disposant d'importantes capacités de regazéification, la France figure, aux côtés de la Belgique et de l'Espagne, parmi les pays européens ayant le plus acheté de GNL russe en 2026, selon les données de l'ONG Urgewald citées par Les Échos.
À l'approche de l'hiver, le niveau des stocks reste l'indicateur le plus surveillé. C'est aussi l'un de ceux qui se prêtent le plus facilement aux lectures alarmistes.
Le retard par rapport aux années précédentes est donc bien réel. Mais la dynamique de remplissage l'est tout autant. En France, les stocks ont gagné plus de douze points en un mois, ce qui rapproche sensiblement le pays de son objectif avant l'hiver.
Le cadre européen a lui aussi été assoupli pour tenir compte des conditions de marché. L'objectif de référence reste fixé à 90 %, mais le règlement révisé en 2025 prévoit désormais une marge de dix points lorsque les conditions sont particulièrement difficiles, une flexibilité activée par la Commission en mars 2026, ce qui ramène le seuil applicable à 80 %. De même, l'échéance unique du 1er novembre a été remplacée par une fenêtre allant du 1er octobre au 1er décembre.
Il ne s'agit pas d'un abandon de l'objectif, mais d'une manière d'éviter les effets pervers d'un calendrier trop rigide. Contraindre tous les opérateurs à remplir les stocks au même moment revient à concentrer la demande et peut mécaniquement pousser les prix à la hausse.
Le constat reste néanmoins clair : l'Europe aborde la saison de chauffe avec des réserves moins abondantes que ces dernières années, et donc une marge de sécurité plus réduite.
Le TTF, indice de référence du prix du gaz en Europe, a brièvement dépassé 80 €/MWh en septembre, atteignant son plus haut niveau depuis la fin 2022.
Cette hausse produit un effet assez contre-intuitif : plus les prix sont élevés, plus certains acheteurs retardent leurs achats destinés au stockage hivernal. Résultat, la constitution des réserves ralentit, ce qui entretient à son tour les inquiétudes sur l'approvisionnement et peut soutenir les prix. Le marché fonctionne ici en boucle.
L'interdiction du GNL russe devrait elle aussi exercer une pression haussière, estimée à environ 10 % supplémentaires sur les prix, selon les dires de certains experts, rapportés par la presse. Un effet loin d'être négligeable, mais qui reste secondaire face au principal facteur d'incertitude actuel : les tensions sur les routes maritimes et la disponibilité mondiale des cargaisons de GNL.
Ormuz : pourquoi le gaz est plus exposé que le pétrole
Environ 20 % des approvisionnements mondiaux de pétrole et de GNL transitent par le détroit d'Ormuz. Mais le pétrole dispose de voies de contournement, contrairement au gaz.
Les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis dépendent directement du passage des méthaniers. Si le trafic ralentit durablement, les usines de liquéfaction peuvent elles-mêmes être contraintes de réduire leur activité.
C'est là que se situe le vrai risque pour l'Europe : au moment où elle ferme progressivement la porte au GNL russe, elle devient plus sensible aux aléas du marché mondial et de ses grandes routes maritimes.
Pour une entreprise, l'enjeu n'est donc pas tant de prévoir le prochain mouvement des prix que de s'y préparer. Dans un marché capable de se détendre aussi vite qu'il se tend, c'est la stratégie d'achat qui protège le budget : arbitrer entre spot et produits à terme, lisser les volumes dans le temps et définir à l'avance ses seuils de déclenchement. Attendre le « bon moment » revient, à l'inverse, à parier sur des signaux géopolitiques que personne ne maîtrise réellement.