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Au programme, des actions concrètes et locales sur la transition énergétique dans les territoires,
ainsi que des initiatives pour moins (et mieux) consommer l'énergie.
Déclenchée le 28 février 2026, la guerre qui oppose l’Iran aux Etats-Unis et Israël a rapidement dépassé le cadre d’un conflit régional pour devenir un facteur structurant des marchés énergétiques mondiaux. Si le pétrole a été le premier impacté, le gaz naturel – et en particulier le gaz européen dont le TTF (indice de référence du gaz en Europe) est le principal indicateur – s’est lui aussi inscrit dans une trajectoire fortement volatile.
Au-delà d’une lecture purement technique, cette volatilité ne peut se comprendre qu’à travers un prisme géopolitique. Les mouvements de prix observés depuis début mars correspondent à une succession de séquences bien identifiables : montée du risque, escalade militaire, attaques sur les infrastructures, tentatives de désescalade, puis installation d’une incertitude durable.
Retour sur les principales dates qui permettent de comprendre, de manière concrète, comment le conflit a influencé le prix du gaz en Europe.


Le 28 février, Israël et les Etats-Unis lancent une attaque conjointe contre l’Iran : c’est le point de départ de la crise. Dès les premières heures, les marchés énergétiques réagissent en intégrant un risque majeur : celui d’un embrasement régional et d’une perturbation des routes énergétiques du Golfe persique.
La menace d’un blocage du détroit d’Ormuz – par lequel transite environ 20% du pétrole et du GNL mondial – devient immédiatement centrale. Le marché du gaz amorce alors une première phase de tension.
Entre le 3 et le 9 mars, le conflit change de nature et s’inscrit dans une dynamique régionale. Dès les premiers jours, l’Iran élargit le champ des hostilités en ciblant plusieurs pays alliés des États-Unis dans le Golfe et au Moyen-Orient – Jordanie, Koweït, Bahreïn, Qatar, Irak, Arabie saoudite et Émirats arabes unis – déstabilisant l’ensemble de la région.
Cette montée en intensité franchit un nouveau cap le 9 mars, avec des frappes visant des bases britanniques à Chypre, territoire d’un État membre de l’OTAN. Le conflit s’étend alors au-delà du Moyen-Orient et touche directement les intérêts occidentaux.
Dans ce contexte, les déclarations de Donald Trump sur une intensification des opérations renforcent l’anticipation d’un conflit durable. Le marché du gaz réagit fortement : le TTF bondit d’environ 69 % en deux jours, tandis que le baril de Brent progresse de 17 %, traduisant l’intégration rapide d’un risque géopolitique élargi.
Le 12 mars, la crise énergétique prend une dimension globale. L’Agence internationale de l’énergie évoque “la plus importante perturbation” de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire, et les pays membres décident de libérer 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques.
Dans le même temps, le pouvoir iranien durcit sa position, avec l’appel du Guide suprême Mojtaba Khamenei à maintenir le détroit d’Ormuz fermé. Le marché du gaz réagit à cette montée du risque systémique.
Après une baisse de plus de 16% le 10 mars, le prix remonte ainsi d’un peu plus de 3% pour s’établir à 51 euros/MWh. Le prix du baril franchit la barre des 100 dollars.
Le 19 mars constitue un tournant majeur. Après la frappe israélienne sur la partie iranienne du gisement gazier de South Pars, l’Iran riposte en attaquant le complexe de Ras Laffan au Qatar, principal site mondial de production de GNL.
Cette séquence marque l’entrée dans une guerre énergétique assumée. Les infrastructures gazières deviennent des cibles directes, tandis que plusieurs hauts responsables iraniens sont éliminés, accentuant l’instabilité du régime.
La réaction des marchés est immédiate : le prix du gaz européen s’envole fortement et augmente de plus de 13% dans la journée. Le baril de Brent atteint quant à lui un plus haut depuis le début de la crise à 112 dollars.
Le 25 mars marque le début d’une phase d’accalmie temporaire. L’Iran autorise le passage des “navires non-hostiles” dans le détroit d’Ormuz, ce qui permet de rétablir partiellement le transport maritime de pétrole et de GNL.
Cette décision intervient après plusieurs signaux d’ouverture, notamment des discussions non-officielles évoquées par Donald Trump et le report de certaines frappes. Le marché réagit immédiatement à cette détente logistique. Le l’indice TTF baisse de plus de 6% en deux jours. Entre le 20 et le 25 mars, le prix du Brent baisse quant à lui de près de 10%.
Le 26 mars, le commissaire européen à l’énergie confirme que l’Europe fait face à une crise des prix et met sur la table la possibilité d’un plafonnement du prix du gaz dans l’UE. S’il n’y a pas à ce stade de risque de rupture d’approvisionnement, la Commission appelle néanmoins les Etats membres à démarrer dès que possible le remplissage des stockages de gaz pour l’hiver prochain.
Dans le même temps, plusieurs États mettent en place des mesures d’urgence pour contenir l’impact économique, tandis que l’OCDE révise ses prévisions de croissance à la baisse pour la zone euro. Le marché intègre alors une tension durable.
Cette situation met en lumière une dépendance plus indirecte qu’il n’y paraît. L’Union européenne importe certes une part limitée de ses approvisionnements depuis le Moyen-Orient (environ 12 % de son pétrole et 11 % de son GNL), mais elle reste exposée aux équilibres mondiaux. Les grands importateurs asiatiques, en particulier la Chine et l’Inde, ainsi que des pays comme le Brésil, captent une part croissante des flux en provenance du Golfe et viennent concurrencer l’Europe sur ses zones d’approvisionnement traditionnelles.
Cette pression accrue sur la demande mondiale contribue à maintenir des prix élevés et une volatilité persistante.
Début avril, le conflit entre dans une phase de forte instabilité diplomatique. Les déclarations de Donald Trump alternent entre ouverture et pression : évocation d’un retrait américain et d’un cessez-le-feu, puis report d’ultimatums et menaces de frappes “extrêmement fortes” visant notamment les infrastructures énergétiques iraniennes.
Cette séquence entretient une incertitude élevée sur les marchés. Après un repli initial des prix – le gaz européen recule d’environ 15 % en deux jours – les tensions repartent à la hausse en l’absence de cadre diplomatique clair, tandis que le détroit d’Ormuz reste sous pression.
Le 8 avril, un cessez-le-feu de deux semaines est finalement annoncé, sous médiation pakistanaise, et conditionné à la réouverture complète du détroit. Ce signal provoque une détente immédiate : le prix du gaz chute à nouveau d’environ 15 %, tandis que le pétrole recule fortement.
Les 11 et 12 avril marquent une tentative de bascule diplomatique, rapidement avortée. Pour la première fois depuis des décennies, des discussions directes de haut niveau s’ouvrent entre Washington et Téhéran, sous médiation pakistanaise.
Pendant près de vingt heures, les délégations – menées côté américain par le vice-président JD Vance et côté iranien par Mohammad Bagher Ghalibaf – tentent de poser les bases d’un accord. Malgré une “offre finale” américaine, aucun compromis n’émerge. Les échanges échouent, chacun accusant l’autre de blocage.
Cet épisode confirme l’impasse diplomatique : malgré l’ouverture de canaux directs, aucun cadre de sortie de crise ne se dessine. Le marché reste attentiste, les prix de l’énergie se stabilisant dans l’attente d’un signal plus structurant.
Dans la foulée de cet échec, Donald Trump opère un changement de stratégie en annonçant la mise en place d’un blocus naval visant les ports iraniens du Golfe.
Entré en vigueur le 13 avril avec le soutien d’Israël, ce dispositif marque une nouvelle phase de confrontation. Washington menace de détruire tout navire iranien tentant de forcer le passage, tandis que les Gardiens de la révolution dénoncent un “acte de piraterie” et promettent des représailles.
La réaction internationale est immédiate : l’ONU rappelle le principe de liberté de navigation dans les détroits internationaux. Le détroit d’Ormuz devient ainsi un point de tension à la fois militaire, juridique et stratégique.
Les marchés réagissent dès la réouverture : le gaz européen progresse de plus de 6 % sur le week-end, tandis que le Brent gagne plus de 4 %, traduisant le retour d’une prime de risque élevée sur les flux énergétiques.
Le 16 avril, un cessez-le-feu est annoncé entre Israël et le Liban, dans une tentative de stabilisation régionale. Rapidement fragilisé par des violations et des tensions persistantes, il ne modifie pas en profondeur la trajectoire du conflit.
Pour les marchés, l’impact reste avant tout technique. Après plusieurs jours de baisse, les prix repartent légèrement à la hausse : le gaz européen progresse de 2,47 % et le Brent de 4,70 %. Cette réaction traduit moins une détérioration brutale de la situation qu’un ajustement dans un contexte toujours incertain, où aucun signal durable de désescalade n’émerge.
Le 17 avril, l’Iran annonce la réouverture du détroit d’Ormuz pour les navires commerciaux, pour la durée restante du cessez-le-feu. Ce signal de détente logistique provoque une réaction immédiate des marchés : à la veille du week-end, l’indice TTF recule de 8,61 % et le Brent de 9,06 %.
Mais cette accalmie est de courte durée. Dès le 19 avril, la situation se tend à nouveau. Donald Trump annonce l’envoi d’une nouvelle délégation tout en menaçant de “détruire toutes les centrales électriques iraniennes” en cas d’échec des négociations.
Le 20 avril, la tension atteint un nouveau sommet. L’Iran referme Ormuz et cible des navires tentant de le franchir, tandis que les États-Unis interceptent un cargo iranien. Malgré l’annonce de nouvelles initiatives diplomatiques, Téhéran refuse d’y participer et menace de riposter.
Cette séquence illustre une dynamique désormais installée : une alternance entre ouvertures diplomatiques et escalade verbale. Les marchés réagissent en conséquence, avec une hausse de 3,93 % pour le gaz européen et de 5,64 % pour le Brent, traduisant le retour d’un risque immédiat sur les flux énergétiques.
Le 21 avril au soir, Donald Trump annonce prolonger pour une durée indéterminée le cessez-le-feu avec l’Iran, alors même que son échéance était imminente. Cette décision s’accompagne du maintien du blocus maritime américain sur les ports iraniens du Golfe.
Ce choix traduit une évolution de la stratégie américaine : privilégier la pression économique et logistique plutôt qu’une escalade militaire immédiate. Washington confirme par ailleurs que le vice-président J. D. Vance, chargé de mener de nouvelles discussions, ne se rendra finalement pas au Pakistan.
Pour les marchés, cette séquence envoie un signal ambigu : le risque militaire immédiat recule, mais les tensions structurelles sur le gaz et le pétrole persistent. La hausse des prix se poursuit.
Le 27 avril, les négociations apparaissent à l’arrêt. Les États-Unis annulent leur participation aux discussions prévues au Pakistan, Donald Trump affirmant que l’Iran peut désormais “venir discuter” directement.
Dans le même temps, la diplomatie iranienne se réorganise. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi multiplie les déplacements, notamment au Pakistan puis à Oman, avant une visite attendue à Moscou, signe d’une recherche active de soutiens internationaux.
Sur le terrain, la situation reste figée : le détroit d’Ormuz demeure sous tension, sans fermeture totale mais sans normalisation durable. Le blocus américain continue d’exercer une pression économique significative sur Téhéran, estimée à plusieurs centaines de millions d’euros par jour.
Le conflit entre dans une phase d’attente stratégique, où la pression économique et diplomatique prend progressivement le relais de l’escalade militaire, sans pour autant réduire l’incertitude sur les marchés de l’énergie. Après une hausse continue entre le 17 et le 27 avril, l’indice TTF se stabilise à 44,47 € du MWh. Le brent quant à lui poursuit sa hausse et s'établit à près de 110 $ le 27 avril.
À court terme, l’évolution du prix du gaz dépendra principalement de trois variables directement liées au conflit.
D’abord, la situation dans le détroit d’Ormuz. Les séquences récentes – réouvertures partielles, blocus, tirs sur des navires – montrent une instabilité persistante. Chaque incident peut entraîner des réactions immédiates du marché.
Ensuite, le niveau d’exposition des infrastructures énergétiques. Le pic du 19 mars a montré que le marché réagit fortement dès lors que des sites gaziers sont visés. Une nouvelle attaque sur des installations majeures (production, liquéfaction, export) aurait un impact immédiat. À l’inverse, un accord implicite pour épargner ces infrastructures constituerait un facteur de détente.
Enfin, la trajectoire politique du conflit reste déterminante. Les annonces successives de Donald Trump – alternant menaces et ouvertures – illustrent une forte instabilité des signaux. Tant qu’aucun cadre diplomatique clair n’émerge, le marché devrait rester sensible à chaque déclaration.
À horizon un peu plus large, un autre facteur va progressivement peser : le remplissage des stocks européens en vue de l’hiver. Si la situation reste tendue au moment des achats estivaux, la concurrence pour le GNL pourrait s’intensifier et maintenir les prix à un niveau élevé.
En synthèse, le scénario central à ce stade n’est pas celui d’une rupture d’approvisionnement, mais celui d’un marché haussier et durablement volatil, rythmé par des séquences de tension et de détente. Dans ce contexte, la visibilité reste limitée et les prix devraient continuer à réagir rapidement aux développements géopolitiques.