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Au programme, des actions concrètes et locales sur la transition énergétique dans les territoires,
ainsi que des initiatives pour moins (et mieux) consommer l'énergie.
Entretien avec Anne Delaroche, Responsable Communication et Affaires Publiques – Alterna énergie
Pendant près de trois ans, la Programmation pluriannuelle de l’énergie aura été un texte annoncé mais sans cesse différé. Consultée, arbitrée, suspendue, elle a traversé plusieurs gouvernements, des débats parlementaires inaboutis et une séquence budgétaire tendue, jusqu’à être repoussée à deux reprises alors même que le décret était prêt à être signé.
Sa publication, le 13 février 2026, dépasse donc la simple formalité réglementaire : elle met fin à une longue séquence d’incertitude et redonne un cadre stratégique au secteur énergétique.
Que change réellement cette PPE 3 par rapport à la précédente programmation ? Quels arbitrages acte-t-elle pour la période 2025-2035 ? Et que révèle-t-elle de l’évolution de la doctrine énergétique française ?
Avec Anne Delaroche, Responsable Communication et Affaires Publiques – Alterna énergie, décryptage d’un texte désormais structurant.

La programmation aurait dû être adoptée avant juillet 2023, conformément à la loi énergie-climat de 2019. Elle ne sera finalement publiée qu’en février 2026.
Ce décalage tient d’abord à un contexte politique instable et à des arbitrages particulièrement sensibles entre nucléaire et énergies renouvelables. La tentative d’adopter une loi de programmation énergétique – qui aurait permis d’ancrer la trajectoire dans un cadre parlementaire renforcé – a échoué après l’examen d’une proposition de loi devenue politiquement inopérante.
Le gouvernement a donc retenu la voie réglementaire, comme pour les précédentes PPE. Si ce choix a donné une visibilité essentielle aux filières, il a également nourri des débats sur la méthode et sur la place du Parlement dans la définition d’une trajectoire aussi structurante. Ce report apparaît avant tout comme l’aboutissement d’un blocage institutionnel prolongé. La clause de revoyure pour 2027 s’inscrit dans cette logique d’équilibre en offrant une marge d’ajustement dans un paysage parlementaire fragmenté. Rappelons que la publication du texte s’est faite sous contrainte politique, après des menaces de censure finalement écartées.
La PPE 2 (2020-2028) avait été élaborée dans un contexte profondément différent, antérieur à la crise énergétique européenne et au retour central de la question de souveraineté, sans parler de l’instabilité politique.
Elle prévoyait notamment :
Dans cette nouvelle édition de la PPE, souveraineté et compétitivité vont de pair. Notre mix énergétique actuel, encore dépendant d’importations d’énergies fossiles, coûte chaque année à la France 60 milliards d’euros. D’où l’importance d’électrifier nos usages tout en décarbonant notre mix. De ce point de vue, la PPE 3 révèle un changement de paradigme profond en matière du socle de production.
D’une part, l’atome fait son grand retour dans le mix énergétique : il est présenté comme un pilier du prochain grand plan d’électrification du gouvernement.
D’autre part, la PPE 3 s’inscrit dans la continuité du bilan prévisionnel de RTE présenté en décembre dernier et définit des trajectoires renouvelables calquées sur le scénario “R3” de RTE. La programmation énergétique en matière de renouvelables accentue également son attention à la soutenabilité financière et à l'acceptabilité territoriale.
Enfin, elle veille à maintenir un important solde exportateur pour la France, qui a livré en 2025 92,3 TWh à ses voisins européens, un record absolu.
La rupture est donc moins quantitative que stratégique : l’électrification, la sécurité d’approvisionnement, la flexibilité et la souveraineté deviennent des critères centraux de décision.
Le cœur de la trajectoire repose sur la réduction de la dépendance aux énergies fossiles.
La part des fossiles dans la consommation finale doit passer d’environ 60 % en 2023 à 40 % en 2030, puis poursuivre sa diminution d’ici 2035, dans la perspective de neutralité carbone en 2050.
Pour atteindre cet objectif, la programmation s’appuie sur trois leviers complémentaires :
Au total, la PPE 3 table sur 650 TWh d’électricité décarbonée produite en 2035, soit 42% de plus qu’en 2023. De quoi satisfaire l’augmentation de la consommation liée à l’électrification des usages et maintenir un solde exportateur net pour la France.
La PPE 3 ne se limite pas à programmer des capacités de production. Elle organise une transformation systémique du modèle énergétique, articulant production, consommation, réseaux et mécanismes de soutien.
Le nucléaire joue un rôle central dans cette nouvelle PPE : l’objectif de production est porté autour de 380 TWh à l’horizon 2030, avec une cible haute à 420 TWh. La prolongation du parc existant est confirmée, tout comme le lancement de six EPR2 (Evolutionary Power Reactor 2 - réacteur nucléaire de 3e génération) sans parler de l’étude pour la construction de huit autres.
Les renouvelables poursuivent leur progression :
L’éolien terrestre connaît lui un rythme de développement plus prudent : 1,3 GW/an pour atteindre 31 GW en 2030 (contre 23,6 GW en 2025) et 35 à 40 GW en 2035. Surtout, dans un contexte où l’acceptabilité des projets fait débat, le gouvernement compte favoriser le « repowering » des parcs existants.
L’équilibre recherché repose sur la complémentarité du bouquet énergétique : un socle pilotable assuré par le nucléaire et l’hydraulique, complété par une montée en puissance des énergies renouvelables nécessaires à la décarbonation.
La question de la flexibilité – stockage, effacement, interconnexions européennes – devient un paramètre structurant du réseau dont la PPE 3 précise son organisation.
Oui. L’ensemble de la trajectoire repose sur l’hypothèse d’une augmentation progressive de la demande d’électricité.
Transports, chauffage, industrie, infrastructures numériques : ces secteurs sont appelés à basculer vers des usages électriques. Annoncé par le gouvernement, un plan d’électrification sectoriel doit accompagner la mise en œuvre de la PPE.
La réussite de la stratégie dépendra du rythme effectif de ces transformations. Si la demande progresse conformément aux hypothèses, l’équilibre du système sera consolidé. Dans le cas contraire, la question des surcapacités et de la modulation des moyens de production pourrait devenir un enjeu plus prégnant.
Le niveau futur de la demande constitue ainsi l’une des principales variables d’ajustement de la décennie. La PPE 3 mentionne d’ailleurs régulièrement la possibilité d’ajuster les trajectoires de développement des renouvelables après 2028, en fonction notamment des prévisions d’évolution de la consommation d’électricité notamment.
La stratégie retenue est duale : électrons et molécules.
Le biométhane doit atteindre 44 TWh en 2030 et jusqu’à 82 TWh en 2035. L’hydrogène bas-carbone, avec jusqu’à 8 GW d’électrolyse installée à l’horizon 2035, est appelé à soutenir la décarbonation de l’industrie et des usages difficiles à électrifier. Les biocarburants complètent ce dispositif.
Cette diversification vise à sécuriser l’ensemble des usages énergétiques et à renforcer la résilience du système.
La PPE 3 marque une évolution de la doctrine énergétique.
Elle intègre explicitement :
Elle conserve toutefois une part d’adaptabilité, grâce à des objectifs indicatifs et à une clause de revoyure prévue en 2027. C’est une première qui permettra d’ajuster la trajectoire en fonction des évolutions économiques et technologiques.
La PPE 3 clôt une séquence institutionnelle longue et parfois heurtée.
En comparaison avec la PPE 2, elle :
Aux côtés de la Stratégie Nationale Bas Carbone et du Plan d’Adaptation au Changement Climatique, elle constitue désormais le cadre structurant de la politique énergétique française à l’horizon 2035.