Ne passez pas à côté de notre blog et de notre newsletter.
Au programme, des actions concrètes et locales sur la transition énergétique dans les territoires,
ainsi que des initiatives pour moins (et mieux) consommer l'énergie.
La France produit aujourd'hui plus d'électricité qu'elle n'en consomme, avec un mix décarboné à 95 % et des exportations représentant environ 20 % de sa consommation actuelle. C'est le constat que RTE dressait dans son bilan électrique 2025 : le système dispose de marges pour absorber une hausse de la demande.
Le gouvernement y a apporté sa réponse le 23 avril, avec un plan d'électrification des usages en 22 mesures, dans le prolongement direct de la PPE 3. Un texte qui ne fixe pas seulement des trajectoires : il engage des outils concrets, des calendriers et des financements. Avec un objectif affiché — ramener la part des énergies fossiles de 58 % à 40 % de la consommation finale d'ici 2030 — et plusieurs mesures qui entrent en vigueur dès cette année.

Globalement, le plan prévoit de doubler le soutien public à l'électrification d'ici 2030, en passant de 5,5 milliards à 10 milliards d'euros par an.
Cette montée en puissance repose en grande partie sur une réorientation des certificats d'économies d'énergie (CEE) vers des usages électriques. Ces obligations, imposées aux fournisseurs d'énergie pour financer des actions d'efficacité énergétique chez leurs clients, constituent depuis vingt ans l'un des principaux canaux de financement de la transition — discret, mais puissant, avec plus de 6 milliards d'euros mobilisés chaque année.
Le plan leur donne une nouvelle orientation : +1,1 Md€ vers le bâtiment, +2,1 Md€ vers les transports, +0,2 Md€ vers l'industrie. S'y ajoutent 0,5 Md€ issus de la réorientation des aides à la rénovation et 0,6 Md€ de CEE existants, soit 4,5 Md€ supplémentaires par an s'ajoutant aux 5,5 Md€ déjà mobilisés.
Pour les acteurs qui s'appuient sur les CEE dans leurs stratégies de financement, le signal est clair : les critères d'éligibilité et les fiches d'opérations standardisées vont évoluer pour privilégier les solutions électriques.
C’est sur le gaz que les annonces sont les plus structurantes.
À partir de fin 2026, il ne sera plus possible d'installer une chaudière gaz dans une construction neuve. À partir de 2027, toute installation au gaz, y compris en appoint, sera interdite dans les bâtiments neufs.
Pour le parc existant, MaPrimeRénov' évolue au 1er septembre 2026 : les rénovations d'ampleur ne pourront plus déboucher sur le maintien d'un chauffage au gaz. L'objectif est d'atteindre un million de pompes à chaleur installées par an d'ici 2030. Une offre "clé en main" intégrant installation, financement et maintenance sans avance de frais sera déployée pour les ménages modestes. Sans perdre de temps, le gouvernement a déjà lancé des consultations avec les fournisseurs pour déployer rapidement ce dispositif inédit.
Autre signal fort pour le marché : les nouveaux raccordements au gaz ne seront plus mutualisés. Leur coût sera désormais à la charge du demandeur, ce qui modifie mécaniquement l'équation économique entre gaz et électricité pour tout nouveau projet.
Pour les acteurs de l'immobilier, promoteurs, bailleurs et gestionnaires de patrimoine, ces mesures redessinent les conditions d'investissement pour tout projet lancé à partir de 2026
Le secteur des transports reste le premier poste de consommation d'énergie fossile en France. Trois axes sont mis en avant.
Pour les ménages, la troisième édition du leasing social de voitures électriques est lancée pour 50 000 nouveaux bénéficiaires à partir de mi-juillet 2026, avec des loyers plafonnés entre 100 et 200 €/mois. Un dispositif complémentaire cible les "gros rouleurs" des classes moyennes (infirmiers, aides à domicile, travailleurs ruraux) avec une aide pouvant atteindre 7 700 € à l'achat.
Pour les entreprises, c'est une nouveauté notable. Le plan prévoit pour la première fois des dispositifs dédiés aux flottes professionnelles :
Pour les infrastructures, un schéma directeur prévoit de multiplier par cinq le nombre de points de recharge pour véhicules légers sur le réseau routier national d'ici 2035, et de déployer 8 000 points de recharge pour poids lourds sur environ 560 aires.
L'industrie et l'artisanat ne sont pas en reste. Deux dispositifs sont opérationnels immédiatement pour les artisans et commerçants :
Du côté des travaux publics, un appel à projets piloté par l'ADEME et doté de 50 M€ soutient l'achat d'engins de chantier électriques, avec une première relève de 10 M€ lancée dès juin 2026.
Les grands sites industriels bénéficient quant à eux d'appels à projets pour financer l'électrification des process (pompes à chaleur industrielles, chaudières électriques, compresseurs mécaniques de vapeur). Surtout, des contrats d'électricité de long terme sur 8 à 10 ans seront proposés aux industriels pour sécuriser leurs investissements avec une visibilité sur les coûts d'approvisionnement. On ne connaît pas encore les modalités précises de ces nouveaux contrats, qui seront adossés aux actifs d’énergie renouvelable soutenus par l’Etat. Les 1ers volumes devraient être mis sur le marché, avec l’objectif d’atteindre à terme 1GW. C'est précisément le signal que les acteurs les plus engagés dans l'électrification de leurs process attendaient.
Enfin, le plan prévoit le lancement de 100 territoires d'électrification à partir de l'été 2026. Ces territoires pilotes, portés par des communes et intercommunalités volontaires, bénéficieront d'un accompagnement renforcé de l'État : ingénierie, appui technique et accès facilité aux dispositifs nationaux. En contrepartie, ils s'engagent sur des objectifs chiffrés en faveur de la sortie du gaz et de l'électrification des mobilités et du chauffage.
Pour les entreprises locales de distribution et les fournisseurs d'énergie ancrés dans les territoires, cette mesure ouvre un cadre d'action concret, financé et piloté par l'État.
Là encore, le gouvernement entend aller vite : les 100 communes ou intercommunalités concernées doivent être déterminées d’ici fin juin.
Au-delà des annonces, trois implications concrètes se dégagent pour les entreprises :
Anticiper les contraintes sur les bâtiments. Pour toute entreprise propriétaire ou locataire de locaux, la trajectoire de sortie du gaz est désormais tracée. L'intégrer dans les décisions immobilières n'est plus une option.
Pour aller plus loin : Dossier de presse du plan d'électrification